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Les Bébés de la Consigne Automatique





Titre :
Les Bébés de la Consigne Automatique
Titre original :
Coin Locker Babies
Auteur : Murakami Ryû
Année : 1980
Traduction : Corinne Atlan
Editeur : Picquier
Nombre de pages : 509




Résumé :

Hashi et Kiku, deux bébés abandonnés dans une consigne de gare, passent leur petite enfance dans un orphelinat. On suit en parallèles les destins des deux frères, décrivant le mécanisme qui les pousse à revivre sans cesse le traumatisme de leur enfance, racontant comment ces enfants purs et attachants passent du statut de victimes à celui de bourreaux.


Extrait :

"Se penchant par desus son siège, elle secoua son béret blanc et hurla :
- Tu n'as pas oublié le datura, dis ? ! DATURA ! Ne te laisse pas faire, Kiku !
[...] Kiku se retourna lentement. En entendant le mot "datura", un frisson avait parcour ses épaules.
- Kiku ! Rien n'est encore fini, rien !
Kiku esquissa un sourire à l'intention d'Anémone, et ce fut le suel moment où il redressa le dos. Puis il disparut, poussé par le garde, courbant l'échine comme une chat qui se noie.[...] Anémone le regarda disparaître, puis elle sortit à son tour, ignorant les regards curieux dirigés vers elle. Derrière elle, elle entendit la voix de Hashi : Pauvre Kiku, comme il doit souffrir... Devant la porte, Anémone se retourna et regarda haineusement tous les protagonistes du drame, son regard s'arrêta sur les joues creuses de Niva.
- Un jour, je vous donnerai tous à manger aux crocodiles ! cria-t-elle."



Mon avis :


C’est avec grand plaisir que je vous présente ici un véritable chef-d’œuvre, un roman qui m’a littéralement fasciné, et que je relirais bien une 100 centaine de fois, voire plus… Quoiqu’il en soit, c’est un roman que je vous conseille vivement de lire, car je vous garantis qu’il vous fera passer par toutes les émotions de cette Terre, mis à part la déception…

Murakami nous raconte ici une histoire originale, celle deux orphelins atteints par la même douleur récurrente, celle qui les retiens enfermés dans une boîte noire, semblables à ce casier de consigne qui les a étouffé à peine quelques heures après leur naissance. Cette idée de profond traumatisme, Murakami s’en sert, comme un leitmotive, de façon spectaculaire dans toute son œuvre. C’est ainsi que cet évènement devient un appui au développement d’un monde plongé dans le sinistre, la haine et le vice, bref complètement corrompu. Cette espèce d’angoisse, de sentiment d’étouffement, est présent entre chaque page du livre. Mais ce qui reste le plus déroutant, c’est la façon dont on s’attache à cette sensation, dont elle s’accroche à nous. De cette façon ce n’est même plus quelque chose de dérangeant, au contraire…


D’un point plus technique, j’évoquerais le style de Murakami comme un écriture « puissante ». L’auteur ne mâche pas ses mots, il affronte les choses, les idées en les nommant par ce qu’elles sont, sans autre enrobage inutile ou métaphore illusoire. Murakami, comme ses deux protagonistes, n’a pas peur de choquer. Dans son œuvre ressortent, sur un fond noir teinté de blanc éclatant, les couleurs de la souffrance et de la douleur, comme des images un peu trop sanglantes ou choquantes, mais qui deviennent infiniment belles sous la plume de l’auteur. Le cynique, si cru qu’il paraît fin, et l’insolence : ce sont, à mon sens, les deux armes favorites de Murakami qu’il déploie à la perfection dans ce roman. Pas un seul instant on ne se lasse de suivre le destin de Hashi et Kiku, de frères détruits habités pas une permanente envie de destruction, à la fois pulsion de mort et de vie qu’ils tentent de transmettre à un niveau des plus extrêmes, dans la perpétuelles recherche d’un son - LE son - mais surtout de leur propre identité.

En fait, je crois que l’on pourrait résumer l’œuvre de Murakami en un mot assez révélateur : Les Bébés de la Consigne Automatique est une véritable bombe. Du début à la fin, tout n’est qu’une immense explosion de dynamite, d’autant plus grandiose et fascinante dans un Tokyo infernal, pourtant si représentatif d’un monde en pleine déchéance, d’un monde que l’on pourrait parfois qualifier de véritable piège à âmes…




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