Yayoi Kusama est une artiste pour le moins singulière, dont le travail est loin de me laisser indifférente. Née en 1928 à Matsumoto, dans la préfécture de Nagano, c'est dans sa paisible enfance japonaise qu'elle trouve l'inspiration à toutes ses oeuvres qui feront d'elle une star de l'avant-gardisme new-yorkais, mêlant Psychédélisme et Pop Art.
En effet, l'histoire raconte que la jeune Yayoi, alors âgée de 10 ans, aurait eu une hallucination lui présentant une nappe ornée de pois, dont on ne peut distinguer ni le début ni la fin, comme si elle envahissait toute la maison. Et devinez quel est le motif favori de l'artiste ? Le pois, bien sûr ! Comme est le dit qi bien elle-même, "Ma vie n'est qu'un petit pois perdu parmi tant d'autres"... Et c'est cette multitudes de tant d'autres pois qui font son originalité. Ses oeuvres (installations, photos, peintures, films...), se déclinent en une infinité de formes répétitives et excessives, presque obsessionnelles... Un peu comme un énorme délire psychédélique, justement. On pourrait voir l'ensemble de son travail comme un "maillage", où tout se répète encore et encore pour former un tout. Un tout infiniment obsédant, phallique, sphérique ou à rayures qui, depuis les années soixante, tend à s'aggllutiner sur nos objets du quotidines, à savoir vêtements, accessoires et autres meubles design...
Infinity Nets, 1968
En fait, Yayoi Kusama est une artiste qui présente sa vison du monde de manière totalemnt surréaliste, presque suffocante. Mais c'est justement ce qui fait son intérêt, selon moi. J'apprécie particulièrement ses installations utilisant l'espace de toute un pièce (plafond et placher compris), où le mélange judicieux de pois et de formes phalliques rend compte de cet infini si fascinant. De plus, elle y incorpore des miroirs qui mutiplient considérablement cette immense illusion, cet effet de délire, comme si nous étions dans un espace tridimensionnel, en pleine apesanteur, comme un kaléidoscope géant. Tout cela serait presque fait pour nous en donner mal à la tête, s'il n'y avait pas une pointe d'acidulé propre à Kusama Yayoi. Je ressens dans ses oeuvres une espèce d'enfance attardé, comme si elle recherchait sans cesse cette vision qu'elle avait eu dans son enfance, et qu'elle tentait par là de rendre réelle, sans pour autant réaliste. C'est pourquoi je préfèrerai qualifier ses oeuvres d'"yphnotisantes" plutôt que de "détsabilisantes". On reste comme accrochés, à chercher nous aussi la limite entre rêve et réalité...
Yayoi Kusama a passé des années au Etats-Unis, s'est rapprochée de Wharol, Stella et Judd, et aacquis une notoriété incroyable grâce à ses oeuvres "magiques", la mettant elle-même parfois en scène. Elle a utilisé de plus en plus d'objets rappellant l'enfance, tels que des jouets, des ballons ou même des bonbons... Elle est de même très connue pour son extravagance, portant des costumes de fée, des accessoires extrêmement colorés et affichant une attitude d'éternelle hippie, à l'image de ses oeuvres qui resprient le pacifisme. C'est un peu cette attitude qui l'a menée à une certaine déchéance l'éloignant de son art et de ses idéaux, à laquelle elle décide de mettre fin en 1973, lorsqu'elle rentre enfin à Tokyo pour y être intégrée dans un hôpital psychiatrique, et ce de son plein gré.
Néanmoins, Yayoi Kusama a reçu et reçoit encore d'inombrables prix prestigieux, tels que le "Prix de l'Empereur" catégorie peintre, décerné par The Japan Art Association. On la voit également, depuis 2000, de plus en plus sur le devant de la scène, elle qui aime autant son art que les médias. Ses visions magnifiquement obsessionelles la rattrapent très facilement, si bien qu'elle nous sert encore des perles d'imagination, notamment en France. C'est ainsi qu'à 80 ans, Yayoi Kusama continue de nous faire plonger dans son monde, de nous surprendre, bref, de nous faire rêver... Il n'y a pas de doute : sa vie n'est peut-être "qu'un petit pois perdu parmi tant d'autres", mais Yayoi Kusama est née et restera la seule et unique fée des petits pois...
Voici quelques une de ses oeuvres que j'aprécie particulièrement :
Dots Obsession, 2000
Manhattan Suicide Addict, 2001

Bed - Dots Obsession, 2002

Shangri-La's Tulipes (Esplanade Eurallile, Lille), 2003

Dots Obsession, 1998
Infinity Mirror Room, 1965
Stars, 2003
Flower, 1954
Infinity Mirror Room, 2002
Flower Blooming in Azumino, 1999
The Heart of the Universe, 2003
Driving Image Show, 1966
Self Obliteration by Dots, 1968