- Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, nous vous prions d’attacher votre ceinture pour le décollage imminent. La compagnie Japan Airlines vous souhaite un excellent voyage.
Valentine avait l’air d’une petite fille qui avait découvert où le Père Noël dissimulait ses cadeaux. Faire une annonce pareille ne lui arriverai peut-être qu’une seule fois dans sa vie, alors elle profitait de cette jolie occasion, le regard éclatant, de se prendre pour une « Princesse de l’air ». C’était comme dans les films…
- Bon, je vais vous donner vos instructions, expliqua Hamako aux nouvelles recrues. Après stabilisation de l’appareil et pendant que Manami et moi allons expliquer aux passagers les consignes de sécurité, vous allez préparer le déjeuner. Mais ne leur apportez pas tout de suite : vous devez d’abord leur servir les boissons dans le placard 1, et vous avez aussi droit aux boissons du placard 2 pour les premières classes et classes affaires. Vous avez des questions ?
L’hôtesse de l’air afficha un sourire parfait aux trois jeunes filles, qui acquiescèrent et s’exécutèrent le seconde d’après. Elles avaient ainsi négocié l’affaire : Pour l’apéritif, Valentine et Kurosawa s’occuperaient de la classe économique, tandis que Hikaru et Tomoko serviraient les premières classes et classes affaires. Ensuite, pour le déjeuner, ils échangeraient.
Puis l’avion décolla. Pas une secousse trop violente, ni trop brusque : le commandant savait parfaitement comment manier l’engin pour donner une impression de flotter entre les nuages eux-mêmes. Valentine se laissa porter par cette sensation de mollesse quelque instants avant d’aller préparer tout le nécessaire. Puis, elle se dissimula afin d’observer ses deux senpais d’un jour montrer comment mettre le gilet de sauvetage. « Au moins, là ça sert à quelque chose » pensa-t-elle en pouffant de rire. « Parce que les gilets de sauvetages quand on fait Paris/Francfort… ». Il n’empêche que les deux hôtesses maîtrisaient parfaitement leur sujet, et s’appliquaient rigoureusement à donner des explications claires et faciles. Valentine remarque cependant que la plupart des regards étaient tournés vers Hamako, laissant pour compte la petite Manami, qui faisaient pourtant des efforts incroyables pour paraître sûre d’elle.
Ce fut alors le moment pour les trois novices de « passer à l’action », comme disait Tomoko, ce qui, par ailleurs, ne devait certainement pas avoir le même sens chez elle que chez Valentine. Empoignant son chariot à deux mains, celle-ci se dirigea alors vers sa nouvelle scène, un sourire sincère éclairant son visage.
¤ ¤ ¤
Être hôtesse de l’air n’était pas vraiment comme tout le mondes e l’imaginait. Valentine s’en rendit compte très tôt. C’st sûr, il y avait les gens qui la regardait comme si elle était la huitième merveille du monde, et aussi ceux qui la remerciaient et lui décrochaient un sourire lorsqu’elle leur tendait la boisson commandée, mais ceux-là étaient rares. La plupart des gens étaient froids, ou trop occupés pour répondre autre chose que « bière », « fé » pour « café », ou parfois un simple « hum », que Valentine traduit par « rien ». Mais elle restait toujours polie, le sourire aux lèvres, sachant qu’elle devait au moins être à la hauteur du travail qu’on lui avait confié. Vint ensuite le moment où elle se rapprocha des sièges de la petite bande, à avoir Suzu, Taro, Akira et… Makoto.
- Et ben dis donc qu’est-ce que tu peux être classe ! s’écria Suzu, regardant la française de haut en bas. - Oui, cette tenue te vas bien ! renchérit Taro. Tu ne veux pas faire hôtesse de l’air pour de bon ? - Non merci, répondit Valentine d’une voix à peine audible. C’est pas vraiment ce qu’on croit… Mais merci quand même pour le compliment ! Alors vous voulez quoi ? Je peux vous proposer du… - T’inquiètes pas, tu peux enlever les formalités avec nous. Taro et moi on prendra bien un café, mais les autres je sais pas…
Suzu se retourna. Akira était absorbé par un spectacle se déroulant en face de Valentine, sur l’autre rangée. Un spectacle nommée Kurosawa Satoshi. Le couple se retint d’éclater de rire, à la vue des yeux gourmands qu’Akira avaient posé sur le steward. Pas la peine de demander chez qui il prendrait sa commande…
- Ah ? Makoto n’est pas là ? s’étonna Suzu. Mais je l’ai vu il y a deux secondes à peine ! - Il a dû partir aux toilettes, la rassura Taro. Mais c’est bon, donne lui un café aussi, c’est ce qu’il aurait pris de toute façon.
Valentine se tu. En fait, depuis l’hôpital, Makoto l’évitait ouvertement. Non seulement il avait été absent de toutes les sorties qu’ils avaient faites, mais il n’avait pipé mot de tout le voyage. Et son visage ? Encore plus renfrogné. La jeune fille soupçonna d’ailleurs fortement que la raison pour laquelle il était venu avec eux à Okinawa était le talent de persuasion de Suzu et Taro. Elle se sentait un peu mal-à-l’aise, elle aussi, mais ne savait trop quoi lui dire. Alors, en attendant qu’un occasion de lui parler normalement se présente, elle faisait semblant de ne rien voir.
- Bon, je vous laisse, je dois continuer ma tournée ! - Ok, à tout à l’heure !
Et Valentine repartit dans son périple des boissons apéritives. Un petit sourire à droite, un café puis un grognement, et un petit sourire à g… De stupéfaction, elle manqua de renverser tout le contenu de son chariot. A sa gauche, justement, sur deux rangées, s’étalait un groupe de garçons qu’elle commençait à bien connaître…
- Pour moi ça sera un jus d’oranges, s’il vous plaît mademoiselle, commanda l’un d’entre eux pendant que Valentine se remettait son choc. Et vous, vous prendrez quoi ?
La jeune fille n’en croyait pas ses yeux… Encore un rêve ? Non, cette fois elle en était certaine, elle était parfaitement réveillée. A moins que ce ne soit qu’une hallucination ? Non, rien à faire, c’était vraiment eux… enfin… c’était vraiment LUI… L’esprit absorbé par un livre, tout juste entre Akanishi Jin et Taguchi Junnosuke, se tenait Kamenashi Kazuya. Il affichait une expression concentrée, néanmoins à moitié dissimulée derrière ses cheveux, encadrant son visage fin avec grâce. Ce fut une vision qui, ironiquement, absorba l’esprit de Valentine. Elle sentit à nouveau son cœur s’accélérer, le rouge lui montant au visage, tout comme dans son rêve. Mais cette fois, il n’y eût aucune douleur, aucun manque d’air… « Peut-être par ce qu’il ne m’a pas vue » se dit-elle. « Mais comment… je ne comprend pas… » Vraiment, Kame était très mignon, elle s’en était déjà rendue compte, mais de là à ce qu’elle ressente réellement quelque chose… Non, c’était juste l’effet de surprise, rien de plus, rien, vraiment. Malgré tout, ses yeux restaient fixés sur les paupières baissées du jeune garçon, à tel point qu’elle ne se rendit même plus compte qu’on lui adressait la parole.
- Mademoiselle ? interrogea Jin. Tout va bien ?
Valentine n’atterrit enfin que lorsque le japonais lui secoua la main.
- Mademoiselle, s’enquéri à nouveau Jin, vous voulez que j’appelle quelqu’un ? - Non… non, non, ça va merci… souffla Valentine en se forçant à sourire. Ça va même très bien ! - Bon… alors ça sera trois jus d’oranges, un café et… Kame, tu m’as dit quoi, déjà ? - Un café, répondit l’autre en soupirant. - Ok, alors deux cafés et aussi une bière, s’il vous plaît.
Le temps d’une seconde, à peine perceptible, Kame leva les yeux vers Valentine. Celle-ci eût tout juste le temps de s’en rendre compte qu’il s’était à nouveau plongé dans son livre. Pas un seul autre geste, ni un seul autre mot. « C’était évident, pourquoi m’aurait-il reconnut ? », pensa-t-elle en servant ce qu’on lui avait commandé. « Ce n’est pas un fille comme moi qu’on retient, et puis il ne m’a vue que quelques secondes, et puis… je suis une idiote. » A vrai dire, elle était déçue. Pourquoi ? Elle ne le savait pas elle-même. En y réfléchissant bien, c’était ridicule de sa part de s’être imaginé des choses. Simplement parce qu’elle avait rencontré Kame une fois dans sa vie – rencontre qui lui avait d’ailleurs valut un petit séjour à l’hôpital -, et aussi parce qu’elle avait fait un étrange rêve avec lui, et parce qu’il était là, maintenant, dans cet avion… Non, il n’y avait rien, c’était évident. Juste… une petite coïncidence. C’était ça, une simple coïncidence.
Et Valentine continua à pousser son chariot, tout en s’efforçant de penser ses paroles du plus profond d’elle–même.
Kame posa son livre sur ses genoux, rejeta ses cheveux en arrière et regarda J d’un air agacé.
- Quoi ? dit-il en insistant sur les mots. Qu’est-ce que tu veux ?
L’autre tout aussi enthousiaste, ne se laissa pas déstabiliser.
- Dis, tu l’as vue, l’hôtesse de l’air, là ? T’as vu, c’était une occidentale ! Tu crois qu’elle fait combien ? - Hein ? Ah… je sais pas moi… je dirais 1m70 à peu près.
Jin éclata de rire.
- Tu crois que je te parle de sa taille… tout court ? - Jin, tu peux pas te calmer un peu ? Dès que tu vois une fille plus ou moins mignonne, tu veux te la faire. Les trois de la semaine dernière, c’était pas suffisant ? - Mais je suis jeune ! rétorqua l’autre, pas vexé pour le moins du monde. Si je profite pas maintenant, tu me dis quand est-ce que je le ferais ? Et puis tu peux parler, toi aussi, t’es pas vraiment blanc comme neige… - Mais moi, tu vois, c’est pas excessif… je suis un mec normal, j’utilise pas ma notoriété pour avoir toutes les filles que je veux. - Tu parles, et tu crois que les filles elles te trouvent super classe juste parce que t’es « une mec normal » ? Mais bon, du moment que tu regrettes pas… - Non, ça, je le regrette pas, mais par contre, ce que je regrette vivement, c’est de pas pouvoir lire mon bouquin ! Alors tu vas me faire le plaisir de te trouver une fille à mater et de me laisser tranquille ! - Oh ça va, pas besoin de t’énerver comme ça… Mais n’empêche, elle me dit quelque chose, cette fille. Je suis pas déjà sorti avec elle, non ? - Jin avec toutes les filles qui ont dû tomber entre tes filets pendant ton séjour au Etats-Unis, est-ce que tu crois encore pouvoir faire preuve de discernement ? - Hmmm… tu as sans doute raison…
Et, tandis que Jin sortait son IPod, Kame se replongea entre les lignes de Bleu Presque Transparent. Du moins, il essaya, mais finit par faire semblant de lire, les yeux dans le vague. Comment ne la reconnaîtrait-il pas ? Il ne l’avait vu qu’une seule fois dans sa vie, enfin une seule fois en réalité – rencontre qui lui avait d’ailleurs valut un petit séjour en convalescence -, et il avait aussi fait un rêve étrange avec elle, mais va savoir pourquoi, cette fille l’avait marquée. Il y avait chez elle quelque chose d’étrange… elle lui donnait une impression de légèreté, un peu comme s’il se retrouvait dans une bulle entouré d’un son lumineux… Kame leva soudain la tête, et fronça les sourcils. « Elle est hôtesse de l’air ? » se demanda-t-il. Il regarda autour de lui, se dressant un peu pour apercevoir les autres passagers. A sa droite, quelque rangées plus loin, il y avait une fille. Il se pencha pour mieux l’observer, mais ses yeux ne le trompaient pas : c’était bien la fille du PDG, la petite prodige en volley-ball de Meiji…
- Kame, c’est toi qui me dit d’aller me trouver une fille à mater ? ironisa Jin, victorieux. - Mais… non ! C’est pas du tout ce que tu crois ! - Ouais, ouais, à d’autres, la phrase stéréotypée…
Et Jin retourna à ses occupations, tandis que Kame se redressait. Il se tourna. Elle était toujours là, avançant lentement.
- Pousse-toi, Jin, faut que je sorte. - Ah non, si t’as pas de parachute je te le déconseille fortement. - Allez pousse-toi je te dit !
Kame rejoint les toilettes, mais au lieu d’y entrer, le jeune garçon se dissimula derrière les rideaux qui séparaient deux salles de l’avion. Ce qu’il cherchait en agissant ainsi ? Question sans réponse. Il suivait simplement son instinct, et c’était ce qu’il lui dictait. Juste pour voir à nouveau son sourire, même un peu forcé.
Soudain, il fut violemment projeté en arrière. On l’attrapa par le col et on lui mit la main sur la bouche pour l’empêcher de crier. On le jeta dans le toilettes, sa tête frappant le coin du lavabo et son corps s’écroulant avec un son étouffé. Aveuglé par la douleur, Kame porta la main à son front : il saignait. Il entendit alors le bruit d’un verrou. Affolement total. Mais alors qu’il se jetait brutalement sur la porte, il tressaillit en remarquant qu’un obstacle lui barrait le passage… un silhouette de la même taille que la porte lui barrait de passage.