- A moi, Okinawaaaaaa !!!!
Et voilà Hikaru qui courrait, les bras écartés, sur le morceau de plage auquel faisait face la villa de Suzu. Tomoko ne tarda pas à l’y rejoindre : sous un ciel bleu éclatant, le soleil flamboyant leur léchant le visage, les deux jeunes filles hilares se mirent à exécuter des figures de gym plus ou moins réussies… enfin, surtout moins. Et c’est lorsque Akira fit la superbe démonstration d’un saut périlleux arrière que les deux jeunes filles, la mine piteuse, abandonnèrent leurs acrobaties au profit des quelques cocktails sans alcool que Suzu avait servi sur la terrasse.
Valentine, elle, admirait le paysage. A vrai dire, vouloir le prendre en photo était presque un outrage à l’eau scintillante couleur jade qui s’étendait à perte de vue et au parfum acidulé qui flottait dans l’air.
- C’est beau non ? releva Suzu en sirotant une boisson bleue. La plupart des étrangers pensent qu’au Japon, aller à la plage en plein hiver c’est une perte de temps, mais en fait c’est là que la mer est la plus belle. Et tu verras, c’est pas aussi froid qu’on pourrait le croire !
Valentine sourit, les yeux dans le vague. Puis, tout à coup, elle se leva, le regard soudainement pétillant.
- Dis, Suzu, à quelle heure on est censés sortir ce soir ?
- Hum… vers 21h je pense, le temps d’aller voir un peu les endroits qui vous tentent…
Valentine regarda sa montre : 17h40. Voilà qui lui laissait largement le temps.
- Ça te dérange si je pars marcher un petit peu ? j’ai envie de voir les environs.
Suzu baissa la tête, esquissant un petit sourire en coin.
- Tu vois, je sais pas pourquoi, mais j’étais à peu près sûre que tu dirais ça… Vas-y, du moment que tu gardes ton portable sur toi et que tu rentres avant 21h…
- Ok, j’y vais !
Et à peine Valentine eût-elle le temps d’attraper son sac qu’elle était déjà hors du champ de vision de Suzu.
Marcher, c’était quelque chose qu’elle appréciait tout particulièrement. Juste histoire de se perdre dans ses pensées, d’admirer ce qui l’entourait… Et elle marchait ainsi pendant un longtemps, sans même se rendre compte de la véritable course à laquelle se livraient les aiguilles de sa montre.
Et aujourd’hui encore, elle ne dérogea pas à sa tradition : elle ne s’arrêta que lorsqu’elle eût trouvé un coin tranquille, qui lui permettrait de goûter à l’ambiance d’Okinawa et de réfléchir paisiblement à de nouvelles fictions, l’une de ses plus grandes passions.
Et la voilà partie… son imagination n’avait plus de limite, rien n’aurait pu la tirer de sa léthargie… rien… ou presque.
- Tu aimes bien, ici ? fit une voix derrière elle.
Valentine se retourna brusquement, comme si l’on l’avait violemment sortie d’un sommeil profond. Makoto s’approcha lentement, puis s’assis à côté d’elle.
- Moi, j’aimes beaucoup. Je venais souvent ici quand j’étais plus jeune. Nos familles se connaissaient déjà, à tous les six, alors il nous arrivaient de faire des voyages en groupe. Et quand j’avais envie d’être un peu au calme, ou les fois où je me disputait avec mes parents, je venais ici… On a un peu l’impression d’être dans un bulle, tu trouves pas ?
Valentine, qui fixait Makoto d’un air littéralement stupéfait, ne réussit à articuler aucun son ressemblant à une phrase, ou même à un mot. A la vue de cette maladresse, le jeune homme éclata de rire.
- Tu devrais manger quelque chose : tu es tellement blanche qu’on dirait que tu as vu un fantôme. Tiens, une pomme.
- Ex…excuse-moi, finit pas lâcher la jeune fille en attrapant le fruit. Tu… enfin… pendant un instant, tu m’as rappelé quelqu’un…
- Ah ? Quelqu’un de sympa, au moins ?
- Ou… oui…
- Tant mieux alors !
En fait, Makoto n’avais éveillé aucun souvenir dans l’esprit de Valentine. Seulement… c’était comme si sa personnalité avait complètement changé. Le Makoto à la mine renfrognée, celui qui lui avait dit des choses insensées à l’hôpital, celui qui l’évitait sans cesse depuis… C’était bien lui ? Le voilà qui souriait, qui riait, même, et qui parlait de lui. Et le plus incompréhensible dans tout ça, c’est que le malaise qu’il lui procurait auparavant avait totalement disparu. Au contraire, Valentine se sentait sereine. "Je dois rêver", lui semblait-il.
- Tu écris quelque chose ? Je peux lire ?
- Non !
Valentine fit un mouvement en arrière. Elle aimait bien faire lire ses fictions… mais avant qu’elles soient terminées, il en était hors de question ! C’était comme si l’on lui volait une partie d’elle…
- Désolée… mais là…
- T’inquiètes pas, je comprends. Moi non plus je n’aime pas faire écouter mes chansons tant que je ne les ai pas terminées, ou que je n’en suis pas satisfait.
- Tu composes ? s’étonna Valentine qui allait de surprise en surprise.
- Oui, depuis que j’ai 15 ans à peu près… J’ai appris à jouer au piano et à la guitare depuis mon enfance, on aime beaucoup la musique dans ma famille. Et un jour, j’ai eu envie de voir ce que ça donnait si je créais mes propres chansons au lieu d’écouter celles des autres.
- Oh vraiment ? J’aimerais bien en tendre quelques unes !
- Quoi, là, tout de suite ?
Et le temps passa à une vitesse affolante. Plus ils parlaient, plus Valentine trouvait à Makoto un charme sorti de nulle part. En fin de compte, c’était un garçon plein d’esprit, plutôt drôle en fait, avec un regard pétillant que Valentine n’avait cessé de croiser. Peut-être avait-il réussit à faire le deuil de Sakura ? Mais si brusquement…
- Ah, désolé ! fit Makoto en décrochant son portable.
Valentine le regarda s’éloigner un peu, puis se dit qu’il valait mieux éviter de se poser trop de questions. "L’être humain est une bien étrange créature…" pensa-t-elle simplement avant d’effacer toute pensée complexe de son esprit.
- Désolé, répéta Makoto en revenant. Taro veut mettre quelques trucs au point avec Akira et moi, il m’a demandé de rentrer. Tu restes ou tu viens ?
- Je pense que je vais rester encore un peu, j’ai quelques petite choses à peaufiner et ça devrait aller… Je vous rejoins à la villa dans 30 minutes, d’accord ?
- Comme tu voudras ! fit-il avec un sourire que la jeune fille trouve superbe. Bye !
Et tandis que Valentine se replongeait peu à peu dans ses écrits, elle fut parcourue d’un frisson le long de son dos. Presque par hasard, elle se tourna à nouveau, s’imaginant que Makoto avait dû revenir pour une quelconque raison.
- Ah… Je t’ai fait peur ? demanda Kame.
Cette fois, la jeune fille sursauta pour de bon. D’abord le karaoké, puis ce rêve, puis l’avion, et maintenant… Depuis qu’elle était arrivée au Japon, Kamenashi Kazuya n’avait cessé de croiser sa route…
- Tu vas mieux depuis l’autre fois ?
- Mais… vous… vous me… reconnaissez ?
- Evidemment ! Après le coup du karaoké, tu crois que je t’aurais oublié si facilement ?
"Y a pas à dire, j’ai eu mon lot de surprises, aujourd’hui !" pensa Valentine tandis que Kame s’asseyait à la place que Makoto avait laissé vacante quelques minutes plus tôt.
- Mais dans l’avion… vous…
- Arrête de me vouvoyer, tu veux ? On a à peu près le même âge, non ?
Valentine acquiesça.
- Bon, tu vois… Ah et pour l’avion, je suis désolée, mais je n’ai pas le droit de parler aux fans en public…
- Aux fans ? Excuse-moi si je te vexe, mais je suis loin d’être une fan de ton groupe ! s’emporta-t-elle.
- Ah bon ? Tu n’aimes pas KAT-TUN ? On aurais vraiment dis pourtant…
- Et tu te bases sur quoi pour dire ça ?
Kame la regarda en coin, et lui fit un petit sourire rusé.
- Disons que c’est mon instinct qui me l’a dit…
- Ah parce que tu marches à l’instinct, toi ? Très intelligent, vraiment… Et après tu me prends pour une de ces groupies qui hurlent ton nom et celui de tes copains dès que l’un de vous fait un déhanché dans vos concerts hors de prix ? Ou alors celles qui regardent un drama simplement parce qu’un « KAT-TUN » joue dedans ? Ne me mets pas dans le même sac qu’elles ! Et ne me sors pas cet air satisfait ! Retourne voir tes copains, ils doivent sans doute t’attendre pour une séance d’autographes, puisque tu n’as pas le droit de « parler à tes fans en public »…
Et dès que Valentine eût finit sa tirade, Kame éclata de rire. Exaspérée, celle-ci rangea ses affaires dans son sac et se commença à partir d’un pas énergique, laissant Kame seul dans son hilarité.
Mais à peine avait-elle fait deux pas que Kame l’interpella à nouveau.
- Pour quelqu’un qui se dit loin d’être fan, tu es bien au courant… mais bon, je vais pas t’embêter avec ça. Et puisque tu semble manquer "d’instinct", alors laisse moi te prévenir…
- Et tu comptes me prévenir de quoi, monsieur le voyant ? dit Valentine, en se décidant à faire face à Kame.
- L’autre gars, là, celui qui était avec toi tout à l’heure… Makoto, je crois ?
- Oui alors, qu’est-ce qu’il a, Makoto.
- Il a qu’il n’est pas celui que tu crois. Et toi… et toi, tu n’es même pas capable de voir qu’il te baratine… C’est pourtant tellement évident, mais toi tu es rentrée dans son jeu comme un rien. Je dois dire qu’il est plutôt bon acteur, le Makoto.
Valentine resta estomaquée par l’audace dont il faisait preuve. Le temps d’assimiler ce qu’il venait de lui dire, elle le fusilla du regard, l’envie de lui mettre une baffe lui étant de plus en plus intenable.
- Parce que tu nous espionnais, en plus ? Et puis… mais de quel droit tu me parles comme ça ? Je ne t’ai rien demandé ! Je ne suis plus une enfant, je sais quand même me rendre compte quand on est sincère ou pas ! Et puis… je parle à qui je veux, que je sache ! Oh et pourquoi je me justifies… Tu veux que je te dises, celui qui n’est pas ce que je croyais, c’est toi. Si tes fans savaient à quel point ta vraie petit personne n’a rien à voir avec celle qu’elles voient à la télé… J’aurais presque pitié de toi !
Et Valentine tourna les talons, puis courut droit devant elle pour éviter que Kame, laissé seul à l’endroit qu’elle venait de quitter, lui adresse à nouveau la parole.
Lorsqu’elle fut suffisamment loin, elle ralentit le pas et se laissa tomber sur le sol des plages d’Okinawa. Des larmes mêlant rage et déception coulaient le long de ses joues rosies par la course pour aller s’écraser sur le sable, formant des petites taches brunes éphémères.
- Mais pourquoi, pourquoi il faut toujours que je fasse tout foirer ?
A cet instant précis, la sonnerie de son portable retentit. Ce n’était pas un appel, mais un sms… Valentine extirpa l’appareil de ses affaires tout en séchant ses larmes, persuadée que Suzu devait s’impatienter. Mais lorsqu’elle lu son message, les larmes s’arrêtèrent d’elles même. A peine cinq mots… cinq mots qui la tétanisèrent sur place.
"Ce soir, minuit, même endroit.
From : Kamenashi Kazuya"