Valentine ouvrit les yeux avec peine. Elle était en complète léthargie, et son corps était si engourdi qu’elle avait l’impression d’avoir fait une chute de plusieurs mètres. Peu à peu, elle observa ce qui l’entourait dans cette espace illuminé par le soleil matinal. Elle se trouvait dans une pièce claire, tout blanche, allongée dans un lit à côté duquel se trouvait une table de nuit. Son sac y avait été déposé. Plus loin, elle remarqua une seconde table, mais plus grande cette fois, entourée de deux chaises dont l’une était occupée. La jeune fille plissa les yeux. La personne en question se fondait dans l’ombre, il était difficile de la distinguer. Mais les yeux de Valentine s’habituaient doucement, elle put ensuite l’identifier : Makoto se tenait là, face à elle, le regard lointain.
- Tu… tu… qu’est-ce que je fais ici ? On est où là ? demanda-t-elle.
Makoto leva les yeux vers elle l’espace d’une seconde, l’air tout aussi morose. Il détourna son regard en direction de la porte, puis soupira.
- Ils sont où les autr…
- Tu ferais mieux de te reposer.
Valentine en resta stupéfaite. C’était la première fois, lui semblait-elle, qu’elle entendait la voix du jeune japonais. Celle-ci était grave et douce, elle avait même quelque chose de rassurant, mais ce n’était pas suffisant pour effacer ce ton sec et cassant qui irrita profondément la jeune fille.
- Pardon ?
- J’ai dit que tu ferais mieux de te reposer, répéta-t-il. T’étais dans un sale état, tu vas retomber dans les pommes si tu fais pas attention.
- Dans les pommes ?
Elle essaya de se rappeler. Déjà, une chose était sûre, elle était au Japon. Suzu, sa colocataire, lui avait présenté ses amis avec qui elle était allée au restaurant puis au karaoké. Là-bas, pendant qu’elle chantait, un jeune homme était apparut dans le seul but de lui faire des remarques désobligeants. Oui, mais… qui ? Valentine se força. C’était un peu irréaliste : la seule image qui lui venait à l’esprit était celle d’Akanishi Jin, l’idiot des KAT-TUN. Qu’importe… Il lui semblait qu’elle l’avait d’ailleurs gentiment remis à sa place, à la suite de quoi il avait voulu la frapper. Et là… Non, quand même pas… non, non c’était impossible ! Kame n’était pas arrivé juste à ce moment-là, c’était totalement inconcevable !
Sur le visage de Valentine, se dessina alors une expression d’horreur. Non seulement oui, Kame était bien celui qui l’avait défendue, mais en plus de cela, elle s’était évanouie. Non, pas devant lui… Elle n’avait pas tout fait rater… Pourtant, elle se souvenait d’avoir eu un mal de tête fulgurant, si intense qu’elle n’avait pas pu y résister et était tombée instantanément dans un état d’inconscience. Décidément, c’était toujours au moments les plus cruciaux qu’elle perdait pieds. Quel mauvais timing…
- Tu veux vraiment tomber gravement malade ?
- …
- Tu fais des têtes bizarres, ça veut dire que tu réfléchis. Et réfléchir, ça fatigue.
- Si tu me disait au moins ce que je fais ici et où sont les autres, peut-être que je pourrais arrêter de m’inquiéter.
Makoto soupira à nouveau, levant les yeux au ciel.
- Hier soir, t’es tombée dans les pommes quand l’autre type t’as parlé. Comme tu te réveillais pas, on t’a emmenée à l’hôpital. Là, y a Suzu et Taro qui sont partis chez elle chercher des vêtements pour toi, Hikaru et Akira sont allés acheter à manger et Tomoko est rentrée parce qu’aujourd’hui, elle bosse.
- Ah… euh… merci…
C’était bien ça, sa mémoire ne défaillait pas. Mais elle esquissa néanmoins un sourire : Kame l’avait protégée, même si ce n’était que pour empêcher Jin de faire une bêtise. Et ça, c’était suffisant pour la rendre heureuse.
- Arrête de penser à lui.
- Quoi ? fit Valentine, à nouveau tirée de ses pensées.
- Je t’ai dit d’arrêter de penser à lui ! s’écria Makoto en se levant de sa chaise. Ce type, celui du karaoké, tu l’auras jamais, c’est pas la peine de t’imaginer des trucs juste parce qu’il t’a défendue !
La jeune fille allait de surprise en surprise. Non seulement c’était la première fois que Makoto lui adressait la parole, mais en plus c’était pour lui débiter des remarques venimeuses. Et comme si ça ne suffisait pas, il lui faisait la morale…
- Attends, pour qui tu te prends ? répliqua Valentine, de plus en plus exaspérée. Tu crois que tu peux envoyer des pics comme ça aux gens sans les connaître ? Moi je suis pas ici pour créer des problèmes, alors j’aimerais s’il te plaît que tu arrêtes de faire comme si tu avais un quelconque pouvoir sur moi ! J’ai pas de comptes à te rendre !
- Pffffff… fit l’autre en guise de réponse.
Il sortit alors de la chambre, grommelant des « Les femmes, ça comprend rien à rien… ». Au même moment, Hikaru et Akira revinrent, leurs achats en main. Ils regardèrent Makoto s’éloigner, leur visage exprimant une incompréhension totale. Il se tournèrent ensuite Valentine :
- Tu vas mieux ? demande Hikaru.
- Oui, oui, ça va. Ma tête ne me fais plus du tout mal. Je suis vraiment désolée de vous avoir gâché la soirée ! s’excusa-t-elle, visiblement navrée.
- Ne t’inquiètes pas pour ça ! assura Akira. C’est pas le genre de choses qui se commande… Mais au fait, il s’est passé quelque chose, avec Makoto ? Il avait l’air furieux…
Confuse, Valentine baissa les yeux.
- En fait, il a commencé à me faire la morale, il était assez désagréable, alors je lui ai dit de me laisser tranquille, mais j’ai été un peu sèche je crois…
Le frère et la sœur échangèrent un regard. Il s’assirent alors chacun sur une chaise qu’ils avaient placées près du lit de Valentine, le regard sombre.
- Bon on va t’expliquer, je pense que de toute façon tu le sauras un jour où l’autre, alors il vaut mieux qu’on te prévienne maintenant, dit Hikaru. En fait, Makoto n’a pas toujours été comme ça. On se connaît tous depuis le collège, tu vois, alors je peux t’affirmer qu’il a énormément changé. Avant, c’était quelqu’un d’enjoué, plein de vie, il était toujours là à nous dire des choses pour nous remonter le moral si on n’allait pas bien. D’ailleurs, je ne crois pas l’avoir jamais vu résigné ou à la merci de ses émotions. Il ne baissait jamais les bras, à tel point que son optimisme et sa détermination nous laissait tous admiratifs.
- Et un jour, lorsque nous étions en deuxième année de lycée, continua Akira, Sakura est apparue. Elle avait un an de moins que nous, et elle venait d’être transférée dans notre école. Elle était belle, intelligente et pleine de charme, si bien qu’elle fût bientôt LA fille dont tous les garçon étaient amoureux. Mais Makoto s’en fichait, il vivait sa vie sans se soucier du reste. Un soir, alors qu’il rentrait chez lui, il a entendu une fille qui criait au secours… C’était Sakura, trois types l’entouraient et essayaient visiblement de l’attirer dans un coin plus sombre. Makoto, qui est ceinture noire de karaté, n’a pas hésité une seule seconde : il a posé son sac et s’est rué sur les trois gars, les mettant tous à terre. Comme à son habitude, il a fait le gentil et a raccompagné Sakura chez elle pour la rassurer. Le problème, c’est que depuis ce jour, Sakura est tombée amoureuse de Makoto. Lui, il ne voulait pas la blesser, mais essayait quand même de lui faire comprendre qu’elle ne l’intéressait pas. Mais elle s’accrochait, elle faisait de son mieux pour qu’il l’aime à son tour.
- Au bout d’un moment, reprit Hikaru, Makoto en a eu assez. Il lui a donné rendez-vous au gymnase, un soir, pour lui parler. Sakura, comme toute fille normalement constituée, s’est imaginé des choses… Et lorsque Makoto lui a dit clairement ce qu’il ressentait pour elle, c’est-à-dire rien, elle est partie en pleurant. Et, le lendemain, tout le lycée apprenait son suicide. Makoto est resté enfermé des jours et des jours chez lui. Lorsqu’il a réapparut, ce n’était plus la même personne : il avait perdu toute joie de vivre, tellement il était rongé par la culpabilité. Il s’est alors fait la promesse d’effacer toute trace d’émotions chez lui, et de ne plus approcher une seule fille de toute sa vie. Je peux te garantir que, depuis lors, il n’a jamais faillit à sa parole.
Valentine était complètement sonnée. Alors c’était ça, la raison du renfermement excessif de Makoto ? Elle comprenait mieux, à présent : en revoyant la scène d’hier, il a avait dû se souvenir de Sakura, et donc de son propre passé. Voilà pourquoi il s’était emporté…
- Aaaaaah heureusement que vous êtes là j’ai une faim de loup !
Taro passa la porte en compagnie de Suzu.
- Oh mais c’est qu’elle est réveillée ! s’écria Suzu. Tant mieux on va pouvoir bientôt partir. Tiens, je t’ai apporté des vêtements à moi, tu peux les mettre.
- Merci beaucoup ! répondit Valentine. Vous êtes tous géniaux !
- Oui, oui, on sait…
- TARO-CHAN !
- Je vous présente mes humbles excuses, Suzu-sama !
Des éclats de rires retentirent, et la bonne humeur réapparut enfin dans la pièce.
- Bon c’est pas tout, ça, mais on va devoir y aller, dit Suzu. Au fait, Val, Tu as juste fait une grosse baisse de tension, qui en plus était accentuée par le fait que tu n’avait pas beaucoup dormi, je crois… En tout cas, le médecin a dit que ce n’était pas grave. Il va passer te voir, et après on pourra partir. Mais je me demande quand même comment va Kame… Vu que les autres l’ont emmené chez lui…
- Kame ? interrogea Valentine. Comment ça ?
- Et bien déjà je sais pas si tu t’es rendu compte mais tu es tombée dans les pommes alors que Kamenashi Kazuya était devant toi… Mais le truc c’est que lui aussi a dû faire une sacré baisse de tension, parce qu’il s’est évanoui en même temps que toi. C’est fou ça, vous étiez synchros, vous avez touché le sol pile au même moment, et la position de vos corps était quasiment symétrique… On aurait dit un phénomène paranormal !
¤ ¤ ¤
- Iiiiiil est deeees nôôôôôô-ô-treuh !
- La ferme les gars ! Je vient à peine de me réveiller, vous voulez ma mort ou quoi ?
Kame regarda autour de lui, et vit les 5 membres de son groupe lui faire un énorme sourire. Mais pourquoi étaient-ils tous dans sa chambre ? Avant même qu’il ait pu trouver une réponse, Koki se jeta sur son lit.
- Yo mon frère tu nous a fait sacrément peur hier soir ! On a cru que tu partais dans un autre dimension !
- Hier soir ?
- Oui tu te souviens pas ? hurla Junno comme à son habitude. Quand on était au karaoké Jin avait bu un coup de trop alors il a commencé à insulter une pauvre petite européenne qui s’amusait avec ses potes, mais elle l’a envoyé balader c’était ma-gni-fi-que ! Mais du coup il a voulu la frapper et toi tu l’a retenu t’as demandé si la fille allait bien et puis t’es tombé dans les pommes alors un moment on a cru que tu faisais exprès parce qu’elle et toi vous êtes tombés dans la même position on aurait troooop dit un film !
- Eeeeeh ? s’exclama Kame.
Il réfléchit un instant. Oui, la mémoire lui revenait… Cette fille… Il avait ressentit quelque chose d’étrange lorsqu’il l’avait vue. Il n’aurait pas su exactement dire quoi, mais cela ressemblait à un électrochoc amorti. En fait, c’est comme si on l’avait tout d’abord assommé avec une enclume de plusieurs centaines de kilos avant de l’enveloppé dans du coton parfumé. Dans son sommeil, il avait eu l’impression de flotter… C’était une sensation agréable, proche de celle du chant des oiseaux qu’il entendait dans son enfance.
- Hey, Jin, t’a vu il sourit… chuchota Koki. Je crois qu’elle lui a plu, la demoiselle, alors t’auras pas trop à t’excuser…
- Qu’est-ce que tu dis ? demande Kame.
- Oh mais rien, voyons… fit l’autre d’un air narquois.
- Dis, Kame, intervint Jin, confus. Je... je suis vraiment désolé pour hier… je… ça se reproduira plus… je vais arrêter de boire… au moins diminuer…
- Bah arrête tes bêtises, on est pas amis pour rien, non ? De toute façon, je suis sûr que Koki va vouloir t’entraîner à tenir l’alcool… Ou sinon va voir Junno, il est déjà bourré naturellement.
- Ah ah ah ah !
Ueda, Nakamaru, Jin, Koki et Kame se regardèrent avec complicité, puis eclatèrent de rire. Junno était toujours de bonne humeur, sautillant à droite à gauche comme un enfant surexcité, et comme si ce n'était pas suffisant il riait de lui plus que les autres eux-mêmes. Mais c’était tout ce qui faisait son charme…
- Bon euh… sinon… reprit Kame. La fille… vous savez comment elle va ?
Il avait dit ça d’un petite voix timide, en baissant la tête et en triturant un pan de sa couette. Ce fut alors à son tour d’être exclut du regard que les cinq autres échangèrent.
- Mouahaha je vous avez dit qu’elle lui avait fait de l’effet ! taquina Koki. Elle était craquaaaaante, non ?
- Mais… mais non ! réplique Kame, les joues virant soudainement à l’écarlate. Je veux juste savoir comment elle va !
- Mouais tu parles…
- Quoiqu’il en soit, coupa Nakamaru, les amis de la fille l’ont emmenée à l’hôpital. Elle a du avoir la même chose que toi, une simple baisse de tension, y a pas d’inquiétude à avoir.
- Ah… ok… et à part ça, vous savez pas comment elle s’appelle ?
Un énorme sourire apparut alors sur le visage des cinq autres garçons.
- Elle lui plaît pas du tout, noooon ! fit Junno avec un sourire moqueur. Mais bon tu ferais mieux de l’oublier, tu as à peu près une chance sur 30 millions de retomber sur elle…
- ...Ouais... tu as sans doute raison, pour une fois… consentit Kame d’un air triste.
- Bon, c’est pas tout, ça, déclara Ueda d’un voix ferme, mais nous on doit retourner au studio. On a prévenu les boss, tu peux rester chez toi aujourd’hui, alors repose toi, ok ?
Kame acquiesça. Ce n’était pas plus mal, il avait plutôt envie d’être seul. Il attendit un moment après que les membres de son groupe soient sortis, afin d’être sûr qu’ils ne reviendraient pas, puis il se rua sur son ordinateur.
S’il avait peu de chances de retrouver l’européenne, alors il retrouverait sa copine, et ça le conduirait forcément à celle qu’il cherchait. Il n’avait aucune intention de laisser tomber. En tout cas, pas avant d’avoir tout fait pour la revoir, pour lui parler, pour la regarder, pour la caresser…
Kame sursauta. Non, ce n’était pas là qu’il fallait chercher. La copine en question, il était maintenant sûr de l’avoir vue en photo quelque part. Il rassembla tous les journaux et magazines de sa maison et commença à chercher.
Et il chercha… il chercha des heures durant pour passer au peigne fin chacun des innombrables quotidiens et mensuels qui envahissaient son salon. Il regarda l’horloge suspendue au dessus de son frigo : 22h48. Il était exténué, sa recherche l’avait vidé du peu de forces qui lui restait. Ses paupières se fermaient toutes seules, comme lorsqu’il était enfant… Mais, soudain, son cœur fit un bond
- J’ai trouvé ! exulta-t-il. Maintenant, je saurais où chercher…
Apaisé, Kame emmena le magazine dans sa chambre et le posa à côté de son lit. Demain, il irait là, demain il demanderait à voir la copine, demain il trouverait la fille du karaoké…
De la fenêtre fermée filtrait un fin rayon de lune. Mais c’était suffisant à des yeux habitués à l’obscurité pour pouvoir lire :
« Jolies championnes »
«L’équipe de Volley-ball féminin de l’Université Meiji, les Hana, a encore frappé. C’était une victoire durement gagnée en demi-finale face aux Pink Princess de Yoko Ito qui les fait rentrer à jamais dans l’histoire du sport universitaire. Un match absolument superbe, que l’on doit notamment à Matsunaka Izumi, la chef d’équipe en quatrième année, mais également à la toute jeune Kishida Suzu, en première année, et fille du président de la compagnie d’import-export Kishida Katsuo… »